Demon Slayer 6

Je n’avais pas été vraiment emballé par la lecture des trois premiers tomes de Demon Slayer, mais, sur les conseils d’un ami qui m’a gentiment prêté la suite, je me suis laissé convaincre de donner une deuxième chance à cette série dont le succès n’est plus à prouver. Ce sixième tome est une sorte de respiration, les jeunes chasseurs de démons prennent quelques jours de repos et en profitent pour s’entraîner. Cette séquence m’a rappelé avec beaucoup de nostalgie les moments où Son Goku est ses amis (les héros de Dragon Ball) se retrouvaient dans des lieux magiques pour parfaire leurs techniques de combat. La série prenant de l’ampleur, de nouveaux personnages apparaissent et notamment – ceux que je préfère – les piliers qui sont les chasseurs de démons les plus puissants et leurs alter ego démoniaques, les lunes (démoniaques). Le scénario s’étoffe donc et donne plus de profondeur à la série – je rassure les amateurs, les démons sont toujours aussi dégoûtants. ...

1 avr. 2025 ·  BD

Alyte

Alyte signifie: “Qui ne peut être délié”. C’est un très beau nom. Une belle fable écologique est la bienvenue par les temps qui courent et nous pouvons remercier Jérémie Moreau pour cela. On sait depuis Les Pizzlis que cette thématique lui tient à coeur – et il a bien raison car nous sommes tous concernés – et, armé de ses crayons, il apporte sa pierre à l’édifice pour faire bouger les consciences. Dans cette BD, on suit le parcours d’un crapaud (alyte) accoucheur – un digne représentant de la gent masculine puisqu’il a la particularité de porter les oeufs – confronté à la dure loi de la nature. ...

19 mars 2025 ·  BD  ♥

Le chien gardien d'étoiles

Le chien est le meilleur ami de l’homme et il vrai que la fidélité sans faille qu’il voue à son maître, sa loyauté en fait un témoin privilégié de la vie des hommes. C’est le fil rouge – et même un peu plus que ça – de cette série de Takashi Murakami dont les volumes sont ici regroupés en intégrale. Ce que l’on pourrait prendre au début pour une suite de nouvelles est en fait un ensemble cohérent intelligemment connecté. Mais si les chiens en constituent la colonne vertébrale, ces histoires ne parlent pas tant d’eux que de leur maître. Ils sont les compagnons d’infortune d’hommes et de femmes qui traversent des moments difficiles au sein d’une société qui n’est pas tendre avec les faibles. Cet amour inconditionnel que le chien porte à son maître contraste avec le regard de la société qui juge, qui discrimine et qui peut exclure du jour au lendemain – ce que l’on appelle le déclassement. Pour le chien, même dans la difficulté, le maître est un dieu, il incarne la perfection, un idéal qui ne sera jamais égalé, son estime reste la même. Il est ainsi un compagnon fidèle pour ceux qui souffrent. ...

10 mars 2025 ·  BD  ♥

Environnement toxique

Le titre, dans sa traduction française, aurait pu être mis au pluriel puisqu’il est question de plusieurs environnements toxiques. Celui des sables bitumeux d’où est extrait le pétrole et celui créé par les hommes qui les exploitent. Kate Beaton a travaillé plusieurs années pour des entreprises du secteur afin de rembourser son prêt étudiant dans les délais impartis. De cette expérience difficile, elle tiré ce récit autobiographique en bande dessinée. On y voit en grande majorité des hommes et quelques femmes déracinés travaillant loin de chez eux au sein d’un environnement hostile dans des conditions spartiates qui essaient de vivre ensemble. Mais, pour les rares femmes, c’est encore plus difficile car elles subissent au mieux des remarques sexistes au pire des agressions sexuelles de la part de leur collègues masculins. En plus de ce constat, l’artiste en devenir va prendre petit à petit conscience de l’impact écologique de l’activité d’extraction, ce qui ajoute encore à son malaise. ...

2 mars 2025 ·  BD  ♥

Le cas David Zimmerman

Lucas Harari s’est associé avec son frère Arthur pour réaliser sa troisième bande dessinée. L’histoire repose sur le concept de métempsycose, c’est-à-dire le passage d’une âme dans un autre corps. Cette transposition est évidemment un ressort scénaristique, le changement de vie, d’identité et de genre. L’histoire puise des références dans le judaïsme, la première planche figure une menorah, une chanson de Léonard Cohen sert de bande son, Zimmerman est le nom que porte Bob Dylan à l’état civil et le physique de David, le personnage principal, n’est pas sans rappeler celui de Franz Kafka. ...

25 févr. 2025 ·  BD

Pendant ce temps

Des nouveaux voisins viennent d’emménager et, à peine arrivés, le père de famille a disparu. Étrange dans ce quartier de banlieue plutôt tranquille. D’une certaine manière, l’endroit où ils ont emménagé est super déprimant. Tout est moche et chiant. J’ai l’impression qui si j’habitais là, je me suiciderais sûrement aussi. Une bonne surprise venue de Suède. Une histoire autour de deux familles qui semblent illustrer l’ensemble des familles dysfonctionnelles de notre monde moderne. Tous les symptômes et les pathologies semblent être rassemblés. C’est du nihilisme en BD, un contraste entre des dessins au style naïf et un propos sombre qui fonctionne plutôt bien. ...

2 févr. 2025 ·  BD

Hirayasumi T1

Une “tranche de vie”, c’est l’expression qui est le plus souvent utilisée pour parler de cette série. Un jeune homme (29 ans), nouveau propriétaire d’une petite maison à Tokyo va accueillir sa jeune cousine (18 ans) qui débute ses études supérieures dans cette immense métropole. Le ressort de la série tient à l’opposition des caractères de ces deux personnages. Lui est un dilettante qui profite de la vie, se contente de peu et apprécie les plaisirs simples. Elle est travailleuse – peut-être ambitieuse – et surtout anxieuse. ...

30 janv. 2025 ·  BD  ♥

Torso

– On l’a identifié ? – Sans tête ni mains ? Sans empreintes digitales ni fiche dentaire ? Ça va être dur. Ce que l’on appelle désormais un tueur en série sévit dans la ville de Cleveland où vient d’être nommé chef de la sécurité publique Eliot Ness – il est peut-être utile de préciser que ce n’est pas un personnage de fiction, il a existé comme celui qu’il a longtemps pourchassé, Al Capone. En plus de leurs mutilations, les victimes sont d’autant plus difficiles à identifier qu’elles semblent être des marginaux qui ne manquent à personne. Un modus operandi qui n’est pas sans rappeler celui de Jack l’éventreur dont l’histoire a été magistralement racontée en bande dessinée par Alan Moore dans From Hell. Entre tensions au sein de la police et pressions politiques, l’enquête va être particulièrement difficilement à mener. ...

26 janv. 2025 ·  BD

Le Roi Méduse T1

On est devant une oeuvre d’art. Tout est réalisé à la peinture (aquarelle) et à la plume pour le texte. Les images sont foisonnantes extrêmement expressives. Le simple fait de les regarder nous plonge dans une ambiance troublante. J’ai été intrigué, admiratif et vaguement inquiet face à ce tourbillon de sensations. Le cerveau reçoit trop de stimuli on se croirait dans un rêve. La calligraphie est elle aussi extrêmement soignée, manifestement réalisée à la plume en utilisant des encres de couleurs différentes. ...

12 janv. 2025 ·  BD  ♥

Ernestine

Un peu – ou beaucoup – de mauvais esprit ça fait du bien de temps en temps. Ernestine a 9 ans et est la benjamine d’une famille qui vit dans une belle maison. Son père est un artiste raté – ou juste feignant –, son frère n’est pas très dégourdi – il a peut-être été exposé aux écrans avant l’âge de 3 ans – et sa mère – névrosée flirtant gentiment avec l’alcoolisme – se démène pour maintenir sa petite famille à flot. ...

7 janv. 2025 ·  BD

Bolchoi arena T1

Le Bolchoï est le grand théâtre de Moscou, le Bolchoi Arena est une grande simulation disons de l’univers connu, un MMORPG1 dans lequel les joueurs partent explorer, conquérir et exploiter les territoires connus et inconnus de l’espace. Ce que vous voyez n’est pas le monde. Vous contemplez tous les rêves, tout le potentiel de l’humanité en tant qu’espèce. En quelque sorte, un moyen très réaliste de vivre une vie alternative. Nous suivons une héroïne et l’une des amies proches qui découvre et se prend de passion pour ce jeu au point de mettre en péril ses études scientifiques. ...

3 janv. 2025 ·  BD

La couleur des choses

Je suis un grand fan de minimalisme, d’épure et de simplicité. Avec La couleur des choses je suis servi, les personnages sont représentés par de simples disques de couleur, une légende indiquant simplement leur nom lors de leur première apparition. La narration par contre est sophistiquée, si la majorité des planches sont des vues de dessus, on trouve aussi de nombreuses infographies – je n’ai pas trouvé de meilleure appellation – et Martin Panchaud se sert de ce qu’il convient d’appeler des schémas pour matérialiser, par exemple, la différence entre le fil narratif principal et une alternative possible naissant dans l’esprit de l’un des protagonistes. Tout ceci pourrait paraître bien compliqué, mais il n’en est rien. La narration est étonnamment facile à suivre – comme si c’était quelque chose d’habituel – et chaque planche est un régal pour les yeux et pour le cerveau. Le souci du détail est constant, tout est équilibré, calculé, léché, un côté perfectionniste qui fait penser à Chris Ware. ...

3 janv. 2025 ·  BD

L’Oasis

Simon Hureau nous raconte dans l’Oasis son expérience de réhabilitation – et plus que ça – d’un jardin d’agrément et d’un potager au pied de sa maison. Il prône le naturel, les recettes simples sans traitement, en collant au plus près de la nature. Pour moi, le jardin doit rester cette sorte de quête permanente d’équilibre entre le faire et le laisser-faire, entre le dompté et le sauvage, entre le désiré et l’incontrôlable, entre l’artificiel et le naturel. ...

25 déc. 2024 ·  BD  ♥

La cendre et l’écume

Le titre de cette autobiographie en bande dessinée fait référence à des cendres dispersées au bord d’une falaise donnant sur l’océan – le décor est posé. Il y a tellement de romans graphiques autobiographiques que c’est presque devenu un sous-genre de la bande dessinée, mais celle-ci est particulière. Tout d’abord elle n’est pas consacrée qu’à son auteur, le talentueux artiste Ludovic Debeurme, mais à sa famille sur plusieurs générations. Sa construction est si originale et fragmentaire qu’elle en devient invisible, on est transporté d’un endroit à un autre, d’une époque à une autre, le plus naturellement du monde comme si l’on suivait la pensée de l’auteur. Enfin, sur le plan graphique, elle est faite uniquement de dessins à l’encre et de textes manuscrits. Le tout est d’une élégance rare, les belles courbes vont du dessin au texte et le fils a certainement réussi à atteindre le rêve de son père qui était peintre. ...

22 déc. 2024 ·  BD  ♥

Oleg

J’avais adoré Aâma, mais apprécié sans plus L’Homme gribouillé de Frederik Peeters. Il y a toutefois une constance, la qualité des dessins et c’est peut-être encore plus vrai ici, dans Oleg. Il revient au noir et blanc comme dans Koma et on n’en apprécie que plus son trait précis et minutieux. Son talent dans le domaine graphique est énorme, difficile de ne pas le reconnaître en lisant cet album. Dans cet album autobiographique – ou autofictionnel – il reprend le thème éculé de l’auteur en panne d’inspiration, mais il en fait quelque chose de très fort. La réussite de cet album tient à la fois au rythme du récit et à la sincérité du propos. L’émotion très peu présente au début émerge peu à peu lorsqu’il dévoile ses sentiments pour sa famille. On voit l’oeuvre se construire sous nos yeux, il partage ses doutes et ses questionnements. J’ai aussi beaucoup aimé sa critique – son dédain – de notre époque où les gens sont scotchés à leur écran. Il réussit à produire une oeuvre brillante sans avoir de réel sujet, c’est peut-être à ça que l’on reconnaît un grand auteur ? ...

6 déc. 2024 ·  BD  ♥

T’zée

Je suis le travail de Brüno depuis ses débuts avec des BD comme Nemo ou Inner City Blues. Son dessin au fil des années a conservé ses caractéristiques que l’on pourrait résumer à un style minimaliste et un peu abstrait avec des personnages qui ont de vraies gueules, pour le dire simplement on sait tout de suite qu’il est l’auteur d’un dessin. Dans cette nouvelle parution, son dessin s’est affiné tout en conservant son style caractéristique, si on ajoute à cela une palette de couleur choisie avec goût, le résultat est splendide. On en prend plein les yeux et on est immédiatement plongé des années en arrière au coeur de l’Afrique. ...

27 nov. 2024 ·  BD  ♥

Testosterror

Bienvenue à Beauf Land. Tous les attributs du mâle alpha de ce début du XXIème siècle sont là. La bagnole, le barbecue, la salle de sport, les magasins de sport, sans oublier évidemment le sacro-saint apéro – le barbecue restant le dernier bastion de la masculinité. Mais, oh malheur, une épidémie aussi contagieuse que le COVID s’attaque aux attributs viril de ces messieurs, une variante des oreillons qui entraîne un éléphantiasis des parties intimes. ...

9 nov. 2024 ·  BD

La Distinction

Je n’ai pas étudié la sociologie à l’école et la découverte de cette BD me le fait regretter. Je connaissais évidemment les classes sociales, et observé attentivement la transformation du transfuge de classe Edouard Louis dans En finir avec Eddy Bellegueule, mais je dois avouer que je n’avais jamais réalisé à quel point nos goûts et nos comportements étaient assujettis à notre appartenance à une classe sociale. La BD se dit librement inspirée du livre éponyme de Pierre Bourdieu et c’est le cas puisque Tiphaine Rivière – dont le prénom donne un indice sur sa classe sociale – développe sa propre histoire qui prend sa source au sein d’une salle de classe d’un lycée, l’un des rares lieux où les élèves de différentes classes sociales se mêlent, travaillent ensemble et tissent des relations avant de rejoindre définitivement à l’âge adulte leur classe sociale de destination. L’exercice est délicat et forcément caricatural, mais le résultat est vraiment convaincant et c’est même surprenant de voir à quel point ces stéréotypes correspondent à la réalité – on pense forcément à des personnes que l’on a croisé ou que l’on côtoie. ...

24 oct. 2024 ·  BD  ♥

Mafalda, mon héroïne

Une BD pour célébrer les 60 ans de Mafalda (première publication en 1964), quelle bonne idée. Je ne connais pas bien le personnage – elle m’évoque surtout les cours d’espagnol au collège –, c’est donc l’occasion de (re)découvrir son univers. Cet hommage est exclusivement rendu par des femmes et ce n’est pas un hasard puisque à l’époque de Quino, son papa, les héroïnes n’étaient pas légion et les autrices encore moins. ...

10 oct. 2024 ·  BD

Shiki

Rosalie Stroesser n’est pas la première à raconter en BD son expérience au Japon, je pense par exemple à Manabé Shima – beaucoup plus riant et léger – ou aux Cahiers japonais – beaucoup plus techniques. Mais ce récit se distingue par un sentiment contrasté qu’elle exprime elle-même très bien dès le début du livre. Comment évoquer cette relation particulière, toute en contradictions, que j’ai développée avec le Japon ? Ce mélange d’attirance et de rejet, cette fascination mêlée d’incompréhension. Et cette constante envie d’y retourner. ...

6 oct. 2024 ·  BD