Comment remettre Lucky Luke au goût du jour, comment sortir une nouvelle aventure qui intéressera un public plus large que les nostalgiques et les aficionados — ou les amateurs de Laurent Gerra ? L’équation semble compliquée à résoudre et pourtant, selon moi, Matthieu Bonhomme y est parvenu haut la main. Il est vrai que Lucky Luke a pas mal vieilli — enfin pas le personnage qui a toujours le même âge —, mais la série. La recette qu’il a trouvé et de ne pas renier le passé, mais de le sublimer. Prenez par exemple ces planches monochromes (vertes ou rouges) qui sont l’une des signatures de la série. Elles pourraient passer pour un archaïsme et pourtant elles sont reprises ici, fonctionnent bien et apportent même un plus indéniable. En simplifiant on pourrait dire qu’il a repris beaucoup de choses tout en leur insufflant une dose de réalisme et de modernité. L’histoire elle même est classique, mais se tient très bien — sans être transcendante — et la narration la met parfaitement bien en valeur.

Les dessins sont le gros point fort de cet album et illustrent parfaitement le respect et la valorisation de l’héritage de Morris. Il a trouvé le juste équilibre entre le respect des codes, une dose de modernité et de la très grande qualité technique. En bonus, de nombreux clins-d’oeil égayent la lecture.

Je ne peux pas vous dire si vous connaitrez l’homme qui tua Lucky Luke, mais ce que je peux vous dire en revanche c’est que vous apprendrez pourquoi il a arrêté de fumer — et non ce n’est pas à cause de la loi Évin.


Matthieu Bonhomme, L’Homme qui tua Lucky Luke, Lucky Comics, 2016, 64 p, Amazon.