Gatsby le Magnifique ou Gatsby tout simplement pour cette version traduite par Julie Wolkenstein est un grand classique de la littérature. C’est le style qui m’a le plus frappé dans ce roman. Francis Scott Fitzgerald réalise une prouesse en proposant une écriture à la fois épurée et poétique, ce qui semble antinomique et pourtant.

[…] et nous traversâmes Astoria à 100 kilomètres / heure avant d’apercevoir, sous les pylônes arachnéens du métro aérien, le coupé bleu qui filait tranquillement devant nous.

Je pense que cette sobriété est soulignée par la traduction de Julie Wolkenstein. En modernisant légèrement la version française, elle me semble avoir contribué à conserver la légèreté du texte. Je l’ai tellement apprécié que j’ai commandé Tendre est la nuit dans la même traduction. Pourtant cette traduction a soulevé un vif débat à l’époque où elle est sortie. C’est le cas à chaque fois que l’on touche à un grand classique comme avec la nouvelle traduction de 1984 qui a vu le jour en 2018. J’avais déjà évoqué le problème inverse (une traduction non actualisée) dans le cas délicat de L’attrape-coeurs.

Au delà du style et de la traduction, l’histoire reste l’histoire et n’a pas pris une ride. Au contraire elle s’est embellie grâce à la patine du temps. Le mystère de Gatsby reste entier et s’est pourvu au fil du temps d’un classicisme d’une rare élégance. En lisant, on a l’impression d’évoluer dans des décors démesurés porté par une bande son jazzy et d’être séduit par le caractère bien trempé des flappers (garçonnes).

Si vous souhaitez en savoir plus sur l’envers du décor, sur la vie de Fitzgerald, je vous conseille de lire le petit recueil Lots of Love rassemblant la correspondance qu’il entretint avec sa fille «Scottie».


Francis Scott Fitzgerald, Gatsby, traduit par Julie Wolkenstein, P.O.L, 2011, 288 p, Amazon.