En farfouillant dans mes exemplaires des notes de Boulet, je suis tombé sur une série de livres au même format (parus dans la même collection Shampooing) dont certains comme le carnet de Joann Sfar intitulé Missionnaire que je n’ai pas encore lu — il faut bien se garder une petite réserve. Lors de la Master Class que lui a consacré France Culture, il disait que ses carnets ne se vendaient pas — il ne s’en plaignait pas, mais disait simplement qu’ils n’intéressaient que ses proches et encore, il en existe pourtant 12 à l’heure actuelle.

C’est vrai qu’ils ne sont pas faciles à lire pour deux raisons qui tiennent à leur côté brut. Sur le fond ce sont des carnets de voyage ou, plus largement, d’expériences vécues. En ce sens ils sont proches d’un journal, même s’ils n’en adoptent pas complètement la forme. Les pensées, les réflexions se succèdent sans qu’un gros effort soit fait par l’auteur pour les introduire et les lier entre elles. Sur la forme, c’est le même constat, tout est écrit et dessiné à la main sur le vif sans retouche — en tout cas c’est l’impression ressentie. Cette écriture directe, de l’idée au carnet et du carnet à l’impression, est pour moi une prouesse — je serai bien incapable d’en faire autant. Il faut avoir une totale confiance en son talent et accepter de lâcher prise, perdre un peu le contrôle. Tout le monde n’est pas capable d’en faire autant.

Dans celui-ci, il visite le Japon puis se rend aux Etats-Unis sur fond de travail préparatoire à la série Klezmer (cf. mes articles sur le premier et le deuxième tome de la série). Vers la fin, le texte devient plus dense notamment lorsqu’il aborde la propension qu’on les américains à vouloir tout enseigner au travers de la lecture d’un texte de Robert McKee. Y compris l’écriture (le fameux Creative writing), les scénarios et l’art en général. Ce tropisme existe moins en France où l’on à encore tendance — à tord ou à raison — à considérer les activités artistiques comme spontanées ou innées. On voit qu’il hésite entre le rejet de cette méthode qui a pour conséquence la production d’oeuvres stéréotypées et le bon côté d’apprendre les règles du métier. Pas facile de trouver le juste milieu dans le domaine de la création artistique en général. A ce propos, il cite cette anecdote mettant en scène le musicien Bob Dylan.

Bob Dylan s’énerve sur un journaliste en lui reprochant de ne pas dire la vérité sur le monde. Le journaliste demande à Dylan comment il devrait s’y prendre. Dylan bafouille parce qu’il ne sait pas. C’est en cela que Dylan me plaît. Il ne sait pas.

J’aime bien le suivre dans ses réflexions, ses lectures et me délecter au passage de belles aquarelles représentant des paysages — j’adore l’aquarelle de la villa des orangers a la toute fin du livre —, des personnages ou sa propre personne sous les traits d’un alligator — ça vient de merci en Japonais arigato — ou d’un ours benêt. Pour la peine je me suis procuré deux carnets supplémentaires, Maharajah et Croisette — faut bien reconstituer les réserves.


Joann Sfar, Missionnaire, Delcourt, 2007, 227 p, Amazon.