Patrick Modiano creuse toujours le même sillon. Celui de son enfance et des souvenirs évanescents. Des noms, des lieux qui emergent à la surface de sa conscience et qui peu à peu prennent forme sans jamais se clarifier complètement. De cette période trouble de l’occupation et de l’après guerre. Il l’a fait sous les traits de multiples personnages, celui de Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, comme d’autres avant lui, se prénomme Jean, Jean Daragane.

Il faut croire, se disait-il souvent, que les enfants ne se posent jamais de questions. Bien des années après, on essaie de résoudre des énigmes qui ne l’étaient pas sur le moment et l’on voudrait déchiffrer les caractères à moitié effacés d’une langue trop ancienne, dont on ne connaît pas l’alphabet.

C’est par un coup de fil que le fil du souvenir commence à se délier. Un homme appelle Jean Daragane pour l’informer qu’il a retrouvé son carnet d’adresses — un instrument qui existait avant l’avènement des téléphones portables. Celui-ci contient des noms de personnages depuis longtemps disparus, au moins de sa mémoire.

Presque rien. Comme une piqûre d’insecte qui vous semble d’abord très légère. Du moins c’est ce que vous vous dites à voix basse pour vous rassurer. Le téléphone avait sonné vers quatre heures de l’après-midi chez Jean Daragane, dans la chambre qu’il appelait le «bureau».

Comme on peut le voir dans l’extrait précédent, le début est très prometteur, la langue impeccable, mais j’avoue avoir peiné pour terminer le livre. Je n’ai pas été passionné par l’histoire, même si j’ai ressenti l’émotion de l’homme replongé dans son passé. Surtout lorsque l’on connaît celui de Patrick Modiano délaissé par ses parents alors qu’il n’était qu’un jeune enfant. Pourtant ce livre, qui est l’un des plus récents, est un exemple de l’aboutissement de son travail, son style a atteint, il me semble, la perfection qu’il souhaitait.


Patrick Modiano, Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, Gallimard, 2014, 160 p, Amazon.