Trop éprouvé par la lecture de From Hell du grand Alan Moore, je ne suis pas parvenu à écrire quelque chose de cohérent. Tout ce que j’ai réussi à faire est d’établir cette liste d’observations que je livre en l’état.

  • Le grand scénariste Alan Moore, l’adaptation du film, l’ambition folle de cette BD font que j’avais envie de ce livre depuis qu’il est sorti chez Delcourt il y a une quinzaine d’année et voilà que je le reçois en cadeau pour ma fête — elle est pas belle la vie.
  • Une oeuvre qui nécessite un certain investissement. Même s’il s’agit d’un monument de la bande dessinée — fait partie de ce que j’ai lu de plus abouti doit être rangé à côté d’un Mauss ou d’un Watchmen — même si ce n’est pas forcément le cadeau parfait à distribuer autour de vous — cf. plus bas.
  • Le notes de fin très détaillées aident bien à la compréhension. Il faut faire l’effort de les lire si l’on veut éviter de passer à côté de trop de choses.
  • C’est une lapalissade de dire ça, mais l’ambiance est vraiment pesante que ce soit les meurtres, le milieu de la prostitution, le quartier de Whitechapel, les dessins, les visions que prête Moore au personnage principal — c’est certainement un des trucs les plus flippants —, Sir William Gull — ah non c’est lui le plus flippant.
  • Cette BD a reçu une avalanche de prix.
  • La ballade dans Londres montre toute l’ampleur de la connaissance de Moore sur le sujet. Ça force le respect. On comprend mieux son énervement lorsque les studios hollywoodiens ont sorti cette stupide adaptation de La Ligue des Gentlemen Extraordinaires.
  • L’angle que choisit Moore semble étrange au premier abord car la première idée qui vient à l’esprit lorsque l’on imagine comment raconter l’histoire de Jack l’éventreur et d’écrire un polar une sorte de wodunit — j’ai appris ce mot en lisant Agatha Christie (cf. Le meurtre de Roger Ackroyd). Suivre les policiers sur la piste du tueur étudier les indices, le mode opératoire, bref mener l’enquête avec eux. Mais c’est bien mal connaître l’histoire car dans ce cas le lecteur se ferait balader comme eux et ça ne serait pas très agréable. Non il prend le partie de faire quelque chose de très simple. Il a une thèse et la démontre tout simplement sans suspense ni mystère pour le lecteur. Et c’est diablement efficace. Moore va donc nous démontrer de façon magistrale qui était Jack l’éventreur!
  • Franc-maçonnerie, architecture, époque victorienne, toponymie, connaissance parfaite de Londres.
  • L’adaptation en film avec Johnny Depp. Je ne peux pas en parler car je n’ai jamais voulu la voir avant d’avoir lu le livre — je vais quand même prendre le temps de me remettre de la lecture avant de le visionner sur Netflix.
  • Les dessins d’Eddie Campbell peuvent paraitre moches et fouillis au premier abord lorsque l’on feuillette simplement ce gros livre dans une librairie — il faut dire que c’est dense. Mais ils se révèlent d’une efficacité redoutable lorsqu’il s’agit de représenter un point de vue, une ambiance — la voiture dans Londres, j’ai des frissons rien que d’en parler —, ou tout simplement la laideur des gens.
  • Je ne vous cache pas que la lecture a été éprouvante, une fois le livre terminé je me suis empressé de le cacher dans un coin reculé de ma bibliothèque de façon à l’oublier pendant quelques temps.

Netley, j’ai vu Dieu. Je me suis agenouillé devant lui et il m’a dit quoi faire. Et Gull le médecin dit: «Mais converser avec les Dieux, c’est de la folie». Et Gull l’homme répond: «Alors qui souhaiterait être sain d’esprit ?».


Eddie Campbell & Alan Moore, From Hell, Delcourt., Delcourt, 2000, 576 p, Amazon.