Comme l’indique le sous-titre, il s’agit d’un livre de souvenirs. Ceux d’un historien spécialiste de la Rome antique devenu professeur au Collège de France. Très classiquement il raconte son enfance, ses études, s’attarde sur son passage à l’école normale supérieure. A cette époque le communisme n’était pas encore mort — on ne connaissait pas ou on ne voulait pas croire à Staline et ses goulags — et Paul Veyne revient sans ambages sur son passé de communiste. A l’en croire — et il n’y a pas de raison de ne pas le croire puisqu’il fait preuve tout au long du livre d’une extrême franchise — il a adhéré au parti plus pour être dans l’air du temps que par conviction. Il est très lucide et n’hésite pas à être critique envers lui-même. Il est toujours honnête, il ne cache pas les zones d’ombres comme le comportement de son père pendant la guerre. Il est sensible au regard que portent les autres sur lui — peut-être est-ce à cause de sa malformation congénitale à la joue dite Leontiasis ossea — et sait qu’il est toujours passé pour être un original. Il évoque ensuite ses débuts peu convaincants en tant qu’archéologue et sa carrière de professeur. Il est une fois de plus très franc en insistant sur sa fâcheuse tendance à procrastiner quand il s’est agi de rédiger sa thèse et sur son ingratitude vis à vis de ses maîtres. Il ne nourrit pas vraiment de regrets, il sait que c’est comme ça et qu’il ne pouvait pas en être autrement. Enfin ce qui fut pour lui la véritable consécration, sa nomination au Collège de France.

Puis vient le dernier chapitre. Et là c’est le grand choc. Il y expose sa vie privée, je parle de sa vie sentimentale et de sa vie de famille. Il ne cache rien des drames qu’il a vécu. Ce chapitre est très émouvant alors qu’il est écrit sans aucun pathos. Il n’écrit pas pour faire pleurer dans les chaumières, mais simplement pour raconter la vérité et rendre hommage aux personnes qu’il a aimé. Ces souvenirs d’une intellectuel non conventionnel donnent une leçon d’humilité et sont une ode à la différence. Il faut accepter de ne pas être comme les autres, de ne pas vivre, de ne pas penser comme eux. Il faut s’accepter et poursuivre ses rêves.


Paul Veyne, Et dans l’éternité je ne m’ennuierai pas, Albin Michel, 2014, 272 p, Amazon.