Je ne sais pas si l’idée du jeu de l’oie est partie d’un jeu de mots douteux par rapport au titre — je n’ose pas y croire. Illustrer le parcours du combattant que représente l’adoption d’une loi par une partie de jeu de société est une vraie bonne idée. L’exemple utilisé est celui de la loi Macron. Comme celui qui lui a donné son nom est devenu depuis notre président c’est aussi l’occasion d’en apprendre un peu plus sur l’homme et sur sa force de caractère. Pour quelqu’un comme moi qui ne travaille pas du tout dans le domaine juridique — j’ai commis des erreurs dans ma vie, mais pas celle-là — le travail requis depuis le projet de loi jusqu’à sa mise en application et à l’observation de ses effets semble colossal. Quelque chose entre les travaux d’Héraclès et le mythe de Sisyphe. Loin de trouver tout cela inutile, je suis assez admiratif devant ce processus éminemment démocratique — je ne parle pas du fameux 49.3 qui semble rendre bien des services. C’est un savant mélange entre de la technique très précise, de l’expérience, du savoir faire et évidemment une bonne dose de tactique politique.

Les auteurs eux sont parvenus à trouver l’équilibre entre l’exemple (la loi Macron) et le cas général car ils s’emploient à montrer que le processus qu’elle illustre est applicable pour toutes les lois. La loi Macron est particulièrement bien choisie car son histoire est épique et son principal artisan est entré dans l’histoire pour de bon. BD et politique font décidément bon ménage — je ne cite pas les autres grandes réussites dans le domaine, mais elles sont nombreuses. Décidément la BD réussit souvent bien lorsqu’il faut être didactique, elle en fait encore une fois la preuve ici. Sans cela, je n’aurais jamais eu l’idée de lire un livre consacré à la création d’une loi. Je serais passé à côté de quelque chose car j’étais décidément bien ignorant dans le domaine. J’ai appris beaucoup de choses tout en passant un bon moment.


Hélène Bekmézian, Patrick Roger & Aurel, Faire la loi, Glénat BD, 2017, 80 p, Amazon.