Je ne lis pas souvent des nouvelles, mais j’avais entendu parler de ce recueil il y a très longtemps, peut-être lors d’une émission de La Dispute. Elles sont homogènes et forment un tout. Elles mettent en scène les mêmes personnages ont une unité de temps et surtout de lieu. Elles se suivent, finalement un peu à la manière des chapitres d’un livre. Leur sujet, ce qu’elles dépeignent c’est ce lieu si particulier qu’est le Kibboutz.

Un kibboutz (de l’hébreu : קיבוץ, au pluriel : קיבוצים : kibboutzim ; «assemblée» ou «ensemble») est un type de village collectiviste juif créé au début du xxe siècle par des juifs russes adhérant au mouvement sioniste d’influence socialiste. Les premiers villages du genre ont été fondés en Palestine dès 1910 ; ils se sont maintenus et ont essaimé par la suite dans l’État d’Israël. Ces villages ont pris un virage libéral dès les années 1990 et renoncé totalement au rôle révolutionnaire qui devait être le leur à l’origine ; les logements y sont aujourd’hui privatisés. — Wikipédia

Ce n’est donc évidemment pas le lieu au sens géographique qui est important, mais l’organisation de la vie au sein de ce lieu. Car on parle bien ici du Kibboutz idéaliste, celui des débuts avec ces règles strictes, ces comités, le partage, l’abolition de la propriété. L’opposition du monde socialiste / communiste absolu face on monde libéral totalement décomplexé que nous connaissons. Et on a franchement de la peine à croire que ce monde a pu exister. Loin de l’idéaliser, Amos Oz nous en offre une vision désenchantée. Il nous montre les limites de ce système qui se manifestent notamment par la privation de liberté induite par l’enfermement des individus dans un carcan de règles bien trop rigides. On prend aussi conscience que l’idéal d’égalité n’est pas atteint. Certains ont malgré tout plus de pouvoir que les autres et les jalousies et les méchancetés prospèrent sous la chape de l’idéal de vie en communauté. On prend alors toute la mesure de l’ironie du titre Entre amis.


Amos Oz, Entre amis, traduit par Sylvie Cohen, Gallimard, 2013, 160 p, Amazon.