C’est tout simplement, derrière Hypérion1, le meilleur livre de SF que j’ai lu. C’est vrai que je ne suis pas un grand spécialiste du genre, mais quand même. Il s’agit en fait — comme souvent en SF — du premier tome d’une trilogie. Formellement la trilogie Remembrance of Earth’s Past — je ne sais pas si ce nom apparaît en français —, mais l’on y fait plus souvent référence en empruntant le titre du premier tome, ce qui donne la trilogie du problème à trois corps — ça fait beaucoup de 3 — écrite par l’auteur chinois Liu Cixin. Je ne suis pas le seul à l’avoir apprécié puisqu’il s’agit, si l’on en croit l’éditeur, du roman de SF le plus populaire de Chine primé à plusieurs reprises, j’ai aussi compris qu’une adaptation en série télé était en cours ou à l’étude. De ce que j’ai pu lire il fait partie d’un sous genre de la science fiction appelé hard SF — je connaissais hard-boiled pour le polar, mais ce n’est pas la même chose. Selon Wikipedia

La hard SF est caractérisée par son exigence forte de cohérence interne1 ainsi que, souvent, par un intérêt pour les détails scientifiques et techniques. L’intérêt des romans de hard SF réside souvent dans l’utilisation surprenante des techniques présentées.

L’un des exemples archétypal de ce sous-genre est l’oeuvre de Kim Stanley Robison ce qui illustre bien le côté très technique de la chose. A le lire on croirait plus lire un essai, un ouvrage technique, qu’un roman. L’article cite d’autres maîtres du genre que j’ai déjà lu comme Isaac Asimov ou Arthur C. Clarke. Je confirme que la science est au coeur du livre, l’auteur est d’ailleurs ingénieur dans une centrale électrique — ce qui explique certaines choses. Le titre désigne un problème d’astronomie ou de mécanique céleste qui est au coeur du livre. Le but est de prévoir les mouvements de plusieurs corps (étoiles et planètes) — au moins 3 — interagissant gravitationnellement — a priori ce n’est pas si simple. Mais là où Kim Stanley Robison nous livre quelque chose qui ressemble plus à un traité de biologie qu’à un roman, Liu Cixin parvient à créer avant tout un roman passionnant. Je dis avant tout parce que je considère également que les théories qui sous-tendent le roman son sérieuses et fondées, en parfait accord avec le principe de la hard SF. Même si le fait d’alterner les époques pourrait être pris pour un artifice, on ne voit pas les ficelles, tout s’enchaîne et s’emboîte parfaitement, les personnages ne sont pas stéréotypés et l’auteur n’accumule pas les poncifs.

J’ai été un peu effrayé au début par le contexte du communisme et de la révolution culturelle, mais ce terreau de base n’est pas le coeur du roman. Je n’ai pas trop envie de parler de l’histoire car je préfère laisser le plaisir à chacun de la découvrir. Lorsque la SF est à ce niveau, on en redemande. Encore une fois bravo à Actes Sud — et à ses traducteurs — pour cette pépite qui vient compléter sa déjà belle collection «Exofictions».


Liu Cixin, Le problème à trois corps, traduit par Gwennaël Gaffric, Actes Sud, coll. «Exofictions», 2016, 432 p, Amazon.


  1. Dan Simmons, Hypérion, traduit par Guy Abadia, Pocket, 2014, 640 p, Amazon