Némésis est le dernier roman du cycle éponyme et le dernier roman de Philip Roth avant qu’il raccroche définitivement pour attendre le Nobel et son entrée dans la Pléiade — ça, c’est fait. Ce roman n’a rien à voir avec ceux du cycle Nathan Zuckerman qui est certainement le plus connu. Autant je trouve que les romans mettant en scène Nathan Zuckerman sont denses et complexes — tout simplement difficiles à lire pour dire les choses — autant je trouve que ce livre et d’autres comme Le Complot contre l’Amérique sont l’exact opposé, simples et accessibles. Il est curieux de trouver une telle différence chez un auteur, d’autres sont plus homogènes — Auster ou Modiano par exemple. Cette simplicité n’enlève rien à la qualité de ce roman, il est très réussi — on s’en doute, il ne pouvait pas partir sur un échec quand même.

L’histoire se déroule évidemment à Newark dans le quartier juif de Weequahic lors d’un été pendant la Seconde Guerre Mondiale alors qu’une épidémie de poliomyélite décime les enfants du quartier. Bucky Cantor est responsable d’un terrain de jeu — il est éducateur sportif en quelque sorte — qui accueille les enfants durant l’année scolaire, mais surtout l’été alors que l’école est fermée. Sa mauvaise vue, contre sa volonté, lui a épargné le front, mais ce à quoi il s’apprête à faire face est peut-être aussi redoutable.

C’est un livre parfaitement construit, de l’orfèvrerie à ce niveau justement sans en rajouter, sans circonvolutions. Le thème du destin et surtout de la religion en sont la colonne vertébrale. N’oublions pas que Némésis est la déesse grecque de la juste colère des dieux.

On ne peut que s’incliner devant un tel talent qui s’exprime ici avec autant d’évidence, d’aisance et de — fausse — simplicité. Je vous préviens, il faut tout de même avoir le moral pour lire ce livre. Philip Roth est décidément un grand parmi les grands.


Philip Roth, Némésis, traduit par Marie-Claire Pasquier, Gallimard, coll. «Folio», 2014, 272 p, Amazon.