Actes Sud s’intéresse à la science fiction — c’est déjà une très bonne nouvelle — et vient de publier une intégrale consacrée à un petit phénomène de l’édition aux Etats-Unis, Silo. L’objet est très beau — j’ai une attirance pour les gros livres — et j’ai dû faire preuve d’une volonté de fer pour ne pas l’acheter immédiatement et attendre patiemment que le premier tome (sur trois) soit disponible à la bibliothèque. Et je n’ai pas regretté pour une fois d’avoir fait preuve de patience.

Certes ce livre est dans le registre de la science fiction puisqu’il se déroule à une époque où la Terre est devenue inhabitable — ce point de départ est devenu tellement commun qu’il porte un nom, le post-apocalyptique. Contrairement à beaucoup d’autres récits de SF qui ont le même point de départ, l’exode ne s’est pas fait vers le haut, mais vers le bas. Les habitants ont trouvé refuge sous la surface de la Terre dans un (ou des) silo(s). Ils vivent dans une structure d’une centaine d’étages. La vie s’est organisée dans cet environnement confiné qui amène son lot de contraintes — a commencer par la promiscuité. Personne — ou au moins une très grande majorité — ne sait ce qu’il y a à l’extérieur. La vision des habitants se limite à celle procurée par les caméras filmant l’extérieur qui se trouvent tout en haut du silo. Au delà du visionnage de ces écrans, tout intérêt trop vif pour l’extérieur est proscrit voire interdit et même sévèrement réprimé. La punition ultime consistant justement à aller voir l’extérieur de plus près et d’avoir ainsi l’occasion d’effectuer un tout dernier travail pour la communauté, nettoyer l’objectif des caméras qui filment l’extérieur avant de s’écrouler sous l’effet de l’atmosphère hostile dont la combinaison revêtue ne parvient pas à protéger plus de quelques minutes.

Plus qu’un livre de SF, c’est avant tout un thriller d’abord pour le côté très noir des différentes intrigues, mais aussi et surtout par sa construction — trop — souvent calibrée pour plaire au lecteur amateur de séries télés. Dans ce registre on a droit à tout. L’injustice qui va attiser le désir de vengeance, des suspenses (cliffhangers) bien préservés par de nombreux détours — les classiques changements de contexte —, des méchants stéréotypés — forcément il a les dents qui se chevauchent —, un big brother, une héroïne au caractère bien affirmé, une histoire d’amour, des secrets enfouis, le tout entouré de beaucoup de bavardages, bref tout y est.

C’est vraiment dommage de subir tout cela alors que l’on a vraiment envie de savoir ce qu’il y a au delà de ce silo, d’en savoir plus sur l’organisation de cette société et finalement sur le pourquoi, la cause de cette situation. Mais c’est beaucoup trop long et pas assez bien écrit — on en revient au côté thriller. Ça me fait mal de le dire, mais parfois il vaut mieux une bonne série télé qu’un mauvais livre — ça dure moins longtemps.


Hugh Howey, Silo #1, traduit par Yoann Gentric & Laure Manceau, Actes Sud, 2013, 557 p, Amazon.