Cédric Villani est l’un de nos plus brillants mathématiciens, lauréat de l’équivalent du prix Nobel pour les mathématiques: la médaille Fields — depuis il a un peu mal tourné puisqu’il est devenu député, mais ça c’est une autre histoire. Mais si c’est le gars qui a l’air bizarre avec les cheveux longs, un costume, une lavallière, une montre à gousset et, pour couronner le tout, il porte toujours une broche araignée. Il évoque d’ailleurs ce style atypique dans son livre, mais au risque de vous décevoir, il n’explique pas la signification de cette broche qui appartient à son domaine privé. Dans Théorème vivant il raconte une partie de sa vie centrée sur la période ayant abouti à la consécration, l’obtention de la plus haute distinction dans le domaine des mathématiques.

C’est passionnant de suivre ce parcours, de vivre les hésitations, les doutes, les moments d’abattement et les illuminations. Au fil de ce travail, et notamment durant la période qu’il passe à l’Institute for Advanced Study (IAS) à Princeton, il croise la route de nombreux mathématiciens, disparus ou bien vivants (l’IAS a accueilli avant lui quelques-uns des plus grands savants du siècle dernier, entre autres Albert Einstein, Kurt Gödel, Robert Oppenheimer, John von Neumann et John Nash.) Ce sera l’occasion pour lui de nous les présenter succinctement, mais toujours avec beaucoup d’admiration et de respect. Quant au sujet qu’il traite, avec son collègue Clément Mouhot, autour de l’équation de Boltzmann et de l’amortissement Landau, je dois bien avouer que je n’ai a peu près rien compris — et je ne parle même pas des équations. Mais ce n’est pas grave, ce qui compte le plus est le cheminement, le travail. Et il en a fait du chemin puisqu’il est en plus devenu pendant cette période directeur du prestigieux Institut Henri-Poincaré. Son récit est très sobre, il semble transparent, honnête et Cédric Villani nous apparaît comme quelqu’un d’extrêmement sympathique et humain — mais si en fait c’est un extraterrestre. On apprend qu’il est amateur de musique et de BD, si ce n’est pas un signe d’humanité.

Ce livre est très original dans sa forme — ils n’avaient certainement jamais vu ça chez Grasset — puisqu’il contient, en plus du récit, des échanges d’e-mails (contenant même du LaTeX), des équations et des mini biographies accompagnées de portraits au crayon — je vous rassure c’est un dessinateur qui s’est chargé de cette dernière partout, il n’a pas tous les talents du monde, il faut pas pousser quand même. C’est en tout cas une très belle expérience de lecture et j’avoue même avoir été ému lorsqu’il raconte le passage où il apprend qu’il a été choisi pour recevoir la médaille. D’autres lectures à conseiller dans le même registre:

  • Le dernier théorème de Fermat1: Passionnante histoire de la résolution par Andrew Wiles de l’un des problèmes les plus connus — en plus il est compréhensible par le commun des mortels.
  • La conjecture des Poincaré: L’histoire de la résolution d’un des sept «problèmes du prix du millénaire» — moins compréhensible.
  • Feynman: La bio en BD d’un très grand physicien.
  • Logicomix: La bio en BD du mathématicien Bertrand Russell
  • La déesse des petites victoires: Un roman autour de Kurt Gödel qui se déroule à l’IAS.
  • En cherchant Majorana: La trajectoire mystérieuse d’un génie.

Cédric Villani, Théorème vivant, Grasset, 2012, 288 p, Amazon.


  1. Simon Singh, Le dernier théorème de Fermat, Fayard, coll. « Pluriel », 2011, 306 p, Amazon