Le géant enfoui est l’un des livres préférés du critique et éditeur Florent Georgesco. Je l’ai souvent entendu en parler lors de ses participations à l’excellente émission de radio La Dispute diffusée sur France Culture. Comme j’ai beaucoup d’estime pour son travail et que je ne connaissais pas Kazuo Ishiguro, je l’ai emporté — le livre pas Florent — dans ma valise pour les vacances d’été. Il s’agit d’une grande allégorie qui prend la forme d’un roman de fantasy se déroulant en Angleterre pendant la période du haut Moyen Âge (la première période du Moyen Âge au Ve siècle selon Wikipédia) lorsque des conflits opposaient les saxons aux bretons. Elle puise ses racines dans la légende arthurienne puisqu’elle pourrait en constituer une suite, un chant du cygne.

Dans ce monde, une épaisse brume recouvre le paysage et ôte la mémoire à ses habitants. Nous suivons la destinée d’un couple, Axl et Béatrice. Ils ont décidé de quitter leur village pour partir retrouver leur fils parti depuis longtemps. Mais ils sont âgés et ce voyage n’est pas exempt de dangers. Leur force réside dans leur amour, dans le soutien sans faille qu’ils s’apportent l’un à l’autre.

C’est bizarre la façon dont le monde oublie les gens et les évènements de la veille ou de l’avant veille. C’est comme une maladie qui nous atteint tous.

Le tour de force est de proposer un roman d’aventure et de fantasy très réussi et empreint de poésie qui est aussi et surtout le véhicule de quelque chose de plus profond — voici l’allégorie qui revient. C’est un livre sur la mémoire soulignant que l’oubli et le pardon sont parfois nécessaires pour continuer à vivre. Il est parfaitement bien construit autour d’une structure narrative simple et efficace. Nous suivons la progression du couple qui va croiser dans sa quête de nombreux dangers, d’étranges personnages, mais aussi des alliés. L’auteur alterne savamment entre ce récit d’aventures et des moments plus profonds. Il pousse ainsi le lecteur à la réflexion sur des thèmes intemporels en réutilisant pour cela l’une des plus belles légendes. Pourtant, contrairement à Florent Georgesco, je ne classerais pas ce roman dans la liste de mes préférés bien que sa lecture m’ait procuré beaucoup de plaisir.

Autre lecture de la légende arthurienne à considérer, L’Enchanteur de René Barjavel.


Kazuo Ishiguro, Le géant enfoui, Editions des Deux Terres, 2015, 416 p, Amazon.