J’avais quitté Aude Picault après une escapade en voilier (Transat) et une feria bien arrosée (Fanfare). Je la retrouve avec grand plaisir après quelques années même si elle s’est un peu empâtée, c’est l’âge. Je plaisante évidemment puisque le personnage principal de cette histoire est une infirmière en néonatalogie de 32 ans prénommée Claire. Peut-être partagent-elles toutes les deux les mêmes interrogations sur la vie de couple et les enfants. Il est vrai que la pression sociale sur ce sujet est énorme — qui plus est lorsque l’on travaille avec des nouveaux nés. Elle s’est même certainement accrue avec l’avènement des réseaux sociaux. Il faut absolument être en couple et avoir non pas un mais deux enfants — et si possible un garçon et une fille, le fameux choix du roi mis en exergue par à peu près toutes les publicités que notre regard peu croiser. L’horloge biologique bat la mesure et on le lui rappelle assez souvent. Elle va donc être tentée de s’aligner sur l’idéal standard.

Les gens se mettent en couple pour être heureux. Mais on ne peut pas être heureux à deux si on n’y arrive pas tout seul. Donc, c’est la merde. Alors le couple fait un enfant pour être heureux. Là c’est tellement la merde, qu’ils se séparent et se haïssent.

Comme d’habitude la réalisation est parfaite. Le trait doux d’Aude Picault, proche de la ligne claire fait merveille. Tout en rondeur, avec peu de traits, elle parvient à transmettre des émotions tout en atteignant une esthétique irréprochable. Un travail particulier a été réalisé sur les couleurs via des aplats ciblés de teintes «bébés»: jaune, bleu et évidemment rose en déclinaison pastel. Je suis un grand fan et c’est vraiment magnifique. Elle utilise également astucieusement la mise en page pour illustrer ce bourrage de crâne qui est présent partout, impossible d’y échapper — il est vrai que les bébés sont une énorme machine à consommer qui ne va cesser de croître et donc un objectif choix pour les capitalistes.

Il est salutaire de mettre ces sujets sur la table. Le couple et la parentalité sont trop idéalisés dans notre société — peut-être tout simplement pour les raisons évoquées ci-dessus. Tout le monde y contribue en une sorte d’écho en répétant et en amplifiant les mêmes thèmes. Les parents disent à tout le monde qu’ils nagent dans le bonheur alors qu’ils galèrent et finiront par se séparer. Ils font ainsi culpabiliser et marginalisent les autres qui ne vivent pas la même expérience de bonheur absolu et rendent malheureux ceux qui ne peuvent pas avoir d’enfants. Le pire étant les dommages collatéraux: les enfants qui paient parfois le prix de l’atteinte de cet idéal.

Notre société sur-idéalise la maternité: les attentes vis-à-vis de la mère et des enfants sont énormes.

Alors après tant de pertinence on lui pardonnera volontiers quelques clichés notamment sur les hommes, mais c’est de bonne guerre.


Aude Picault, Idéal Standard, Dargaud, 2017, 152 p, Amazon.