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Le goût du chlore

Il y a bien longtemps que je lorgne sur cette BD. Je suis un grand fan de Bastien Vivès pour son talent de dessinateur évidemment, mais aussi pour sa grande sensibilité qu’il dévoile avec des albums comme Polina, Dans mes yeux 1 ou encore Le goût du chlore. J’ai tout de suite été attiré par le titre, je le trouve tout simplement magnifique – alors qu’il peut paraître tout à fait insignifiant. Il me revenait parfois en tête comme ça, mais je ne sais pour quelle raison, je ne l’avais jamais lu ou acheté. Comme le personnage principal, je me suis mis à la natation sur les conseils de mon kinésithérapeute. Depuis, fort de mon expérience en milieu chloré, je me suis senti prêt à plonger dans ce livre.

L’expérience a été plus que concluante, très graphique. Ceux qui sont allés à la piscine, notamment en hiver, comprendront et ne pourront que confirmer que l’ambiance est parfaitement rendue. On se retrouve dans un milieu complètement différent, hors du temps. Personne – ou presque – ne parle, les bruits sont émoussés par les remous et c’est certainement l’une des raisons pour lesquelles cet album ne propose que très peu de dialogues. Tout est dans les ambiances, les attitudes et les regards. On suit celui du personnage principal, à la première ou à la troisième personne, lorsqu’il s’égare à observer les gens, les lieux, lorsqu’il s’imprègne de l’atmosphère. Il s’attarde parfois sur une personne, on ne sait pas trop pourquoi – c’est vrai que c’est surprenant au début d’observer ses semblables affublés de slips et de bonnets de bains –, il observe les gestes, les mouvements, les techniques de nage – celles-ci sont d’ailleurs très bien illustrées.

Et puis un jour, la rencontre. Elle nage bien, elle est belle malgré son bonnet et ses lunettes. A partir de ce jour les mercredis à la piscine ne seront plus les mêmes. Son regard sera rivé vers le haut, vers la sortie des vestiaires. Puis un jour, elle lui dira quelque chose de très important, mais, certainement par pudeur, elle le lui dira sous l’eau. Il faut savoir lire sur les lèvres.

Un très bel album plein de sensibilité qui illustre parfaitement le processus selon lequel on tombe amoureux. L’univers clos, humide et silencieux de la piscine constitue un décor parfait.


Bastien Vivès, Le goût du chlore, Casterman, coll. “KSTR”, 2008, 135 p, Amazon.


  1. Bastien Vivès, Dans mes yeux, Casterman, coll. « KSTR », 2009, 133 p, Amazon