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Des éclairs

Je clos avec Des éclairs ma lecture de la trilogie des Vies imaginaires. Il est donc l’heure de faire un bilan et de considérer l’oeuvre dans son ensemble.

Jean Echenoz a voulu évoquer le destin de trois hommes qui ont marqué leur époque dans trois domaines distincts: l’art (la musique avec Maurice Ravel), le sport (la course à pied avec Emil Zátopek) et la science (la physique avec Nikola Tesla). Pour quelle raison a-t-il fait ce choix là ? Peut-être a-t-il souhaité mettre en avant le contraste entre leur réussite dans la sphère professionnelle et l’échec – ou le relatif échec – de leur vie privée. Il semblerait que les trois personnages soient si spécialisés dans leur domaine de compétences qu’ils soient complètement inadaptés à la vie. On ne peut pas tout faire.

Je ne sais pas si le procédé employé par Echenoz m’a lassé à la longue, mais ce n’est pas le volume que j’ai préféré – loin de là. Le ton habituellement ironique qu’il emploie devient ici sarcastique et moqueur. Le pauvre Gregor n’est pas épargné et je trouve que c’est un peu dommage. L’énorme créativité et le génie de cet homme sont complètement occultés par le côté grand-guignol, il est tout simplement tourné en ridicule. A la décharge de l’auteur, on peut souligner que Nikola Tesla, puisque c’est de lui qu’il s’agit, n’est pas la seule victime, Thomas Edison et J. P. Morgan prennent aussi une volée de bois vert. J’aime beaucoup le style sec et très original d’Echenoz, mais il faut bien avouer qu’il peut être énervant si l’on ne se trouve pas dans de bonnes dispositions. Peut-être ai-je tout simplement été victime d’une lassitude du procédé ?

Je suis donc déçu de finir sur une impression aussi mitigée une trilogie – écrite par un auteur que j’apprécie – qui avait si bien démarrée. Si j’ai un conseil à vous donner, commencez par le début et lisez Ravel, sans hésitation. Puis, si vous avez aimé, continuez avec Courir, vous verrez alors si vous arriverez jusqu’au dernier.

P.-S.: Depuis quand les très respectables éditions de Minuit impriment-elles des extraits des critiques des journalistes directement sur la quatrième de couverture de leurs livres ?


Jean Echenoz, Des éclairs, Les Editions de Minuit, 2010, 174 p, Amazon.