Connaissant uniquement David B. pour sa série Les Chercheurs de trésor1, j’entends parler depuis longtemps de son chef-d’oeuvre, sans avoir eu l’envie de m’y plonger. L’Ascension du Haut Mal était disponible à la bibliothèque, j’ai donc sauté sur l’occasion.

D’emblée, la préface rédigée par sa soeur m’a touché – je sais, je suis un grand sensible. Puis la découverte de l’oeuvre. La comparaison est facile, mais elle vient tout de suite à l’esprit. On pense immédiatement à Persepolis2, une autre BD autobiographique plus connue grâce à son adaptation cinématographique et publiée elle aussi à l’Association – maison dont David B. est l’un des fondateurs. En lisant ces deux oeuvres, il paraît évident que l’on ne peut atteindre une telle profondeur qu’en explorant sa propre histoire.

David B. nous raconte une rencontre inopinée avec son grand frère qui a lieu dans la salle de bain. Cette conversation en pyjama, apparemment anodine, a fait ressurgir en lui des souvenirs, l’envie de raconter comment ils en sont arrivés là. Et le récit de l’enfance débute. Il parle de leur histoire (celle de sa famille), mais on y voit aussi ce qui a construit l’auteur : des parents professeurs de dessin, des récits bibliques et guerriers et ce Haut Mal, surtout ce Haut Mal.

Il y a quelque chose de profondément dérangeant dans L’Ascension du Haut Mal. Est-ce occasionné par l’impudeur de l’auteur sur sa vie privée, les dessins représentant les créatures qui matérialisent ce mal invisible – comme le suggère sa mère ou plus tard son professeur dans des passages qu’il relate –, ou tout simplement le Haut Mal lui-même, l’épilepsie, cette épée de Damoclès, cette maladie qui frappe comme la foudre et terrasse son frère brusquement, plusieurs fois par jours, le laissant inerte, tordu et la bave aux lèvres ?

La dernière partie met en évidence l’impact de la maladie sur la vie de toute la famille. A commencer par les parents qui ont tout essayé:

Macrobiotique, acupuncture, spiritisme, magnétisme, alchimie … et vous en avez encore à voir …

Sa soeur et lui ne sont pas épargnés et vivent de plus en plus difficilement cette présence. La vie de famille tourne au cauchemar. David extériorise ce qu’il ressent par le dessin, il a du mal à en parler aux autres. Toujours le regard des autres qui fait mal, ils ne comprennent pas la maladie, ne l’ont jamais comprise et ne la comprendront jamais. Au travers de ce livre il a trouvé le moyen de s’exprimer et il le fait sincèrement, il ne cache rien comme cette conversation avec sa mère:

Jean-Christophe a un défaut depuis tout petit il a toujours été très paresseux. En fait il avait une peur panique d’affronter la vie. Les responsabilité de la vie d’adulte le terrorisaient. Il s’est certainement réfugié derrière son épilepsie.

Ce livre est profond et dense et mérite largement le qualificatif de chef-d’oeuvre de la bande dessinée qui lui est souvent attribué. Attention, cette reconnaissance ne doit pas faire peur. Il n’est pas difficile d’accès, ce qui ne signifie pas pour autant qu’il s’agit d’une lecture récréative. Le sujet est sérieux voire grave et l’atmosphère qui en émane est noire – j’en ai rêvé plusieurs fois après l’avoir reposé sur ma table de chevet.


David B., L’Ascension du Haut Mal, L’Association, 2011, 400 p, Amazon.


  1. David B., L’ombre de Dieu, Dargaud, 2003, 48 p, Amazon

  2. Marjane Satrapi, Persepolis, L’Association, 2007, 365 p, Amazon