Au Bon Roman

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Ravel

Ravel est le premier volet de la trilogie des vies imaginaires. Comme vous pouvez aisément le deviner, celui-ci est consacré à l’art et plus précisément à la musique. Les deux autres s’intéressent au sport avec Courir (Emil Zátopek) et à la science avec Des éclairs (Nikola Tesla). Vies imaginaires contient une figure de style, une opposition entre vie qui renvoie à la biographie et imaginaire qui renvoie au roman. Cette opposition est représentative de ce qu’a souhaité faire Echenoz, puiser dans la vie de personnalités marquantes l’essence d’un roman – ou romancer leur vie selon comment on voit les choses. Dans cette entreprise, son approche n’est pas exhaustive car son projet n’est pas d’écrire une biographie, mais de détourer quelque chose de précis et de finalement assez réduit: ce qui fait une vie. C’est pour cette raison qu’il ne s’intéresse qu’aux dix dernières années de la vie du compositeur français.

Il part en direction de la gare maritime du Havre afin de se rendre en Amérique du Nord. C’est la première fois qu’il y va, ce sera la dernière. Il lui reste aujourd’hui, pile, dix ans à vivre.

Au travers de détails, de faits précis, de petits évènements Echenoz veut peindre Ravel. Il y parvient. Le soin qu’il apporte à ses tenues, ses réactions, son comportement face à des situations de la vie de tous les jours, ses insomnies, ses emportements donnent une meilleure idée de Ravel que ne le ferait une longue biographie. Ce roman est une perle, un régal pour les lecteurs. L’intelligence des situations est sublimée par le style d’Echenoz tout en sobriété. Serré comme un expresso, il faut en savourer chaque phrase.

Des chaises longues de ce modèle, que l’on retrouvera bientôt partout dans les jardins et sur les plages, sur les balcons et les terrasses, on n’en rencontre alors que sur les ponts des transatlantiques dont, en mettant pied à terre, elles garderont le nom par attachement.

Je lis ce roman pour la deuxième fois et l’expérience a été encore plus concluante.


Jean Echenoz, Ravel, Minuit, 2006, 123 p, Amazon.