Au Bon Roman|

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Vengeances

Il n’avait pas été très malin de ramener cette fille chez lui, de refaire le chemin avec elle pour l’installer dans la chambre d’amis. Il n’y comprenait rien. Il avait l’impression d’avoir agi comme un somnambule, d’avoir agi sous l’emprise d’un charme funeste, et d’ailleurs, la matinée avait été étrangement lumineuse, l’air glacé.

En lisant les commentaires des lecteurs de Djian concernant ce livre paru en 2011, j’ai retenu une chose: ce n’est pas son meilleur livre. Et pourtant, le néophyte que je suis a été emballé par ces Vengeances. Plusieurs personnes m’avaient parlé de ce célèbre auteur français connu pour le sulfureux 37°2 le matin et s’étaient même offusquées lorsque je leur avais avoué sans ambages ne rien avoir lu de lui. Je n’ai pas d’explication concernant cette impasse. Peut-être des souvenirs de plateau télé à l’époque de la sortie de sa série Doggy Bag. Je me souviens très bien que le personnage m’avait déplu, sans raison particulière comme l’impression négative que l’on éprouve parfois lors d’une première rencontre. Il faut donc mieux définitivement faire connaissance avec l’oeuvre avant de rencontrer son auteur.

Le sel de l’histoire se trouve dans les relations complexes qui relient les quatre personnages principaux. Entre les relations familiales, d’amitié et d’amour tout n’est pas simple, loin de là. Elles se tendent entre les amis, les couples d’hier et d’aujourd’hui, un père et sa belle fille. Tout ce petit monde évolue dans un milieu bourgeois un peu trop sujet aux nez poudrés et aux gueules de bois. Mais un passé douloureux laisse toujours des blessures profondes qui ne cicatrisent jamais et peuvent se rouvrir à tout moment.

Tout cela ne serait rien sans l’écriture très juste de l’auteur. Le style est impeccable, efficace, mordant sans être excessif. Le propos est parfois provocateur et certains traits de cynisme font vraiment du bien.

Et j’étais si profondément perdu dans mes pensées que je dépassai la gare, traversai le périphérique et me retrouvai en pleine abomination, à savoir conduire en ville, conduire dans ces stupides embouteillages, au milieu d’autres imbéciles, chacun condamné à perdre son temps, à s’empoisonner à petit feu, se diminuer, régresser, mais il était trop tard pour pleurer et j’allumai la radio.

Difficile de lâcher se livre où la tension monte crescendo, on sent qu’un drame se prépare et que toute cette histoire va mal finir. Ma première expérience Djian est concluante au point que je connais déjà l’auteur qui m’accompagnera lors de ma prochaine lecture. Reste à choisir le livre et, bonne nouvelle, j’ai le choix puisqu’il écrit depuis 1983.


Philippe Djian, Vengeances, Gallimard, coll. « Folio », 2012, Amazon.