“Comment un homme qui a gouverné l’Europe peut-il se retrouver sur un îlot avec les pouvoirs d’un sous-préfet ?” La question posée par Patrick Rambaud dans l’autoentretien figurant à la fin du livre le résume à elle seule. Le contraste est tellement fort entre l’Empire, la Grande Armée et cette île minuscule où vit une poignée d’habitants qu’il en devient un ressort comique:

Le comte Bertrand indiqua de l’ongle un point perdu en mer à côté de la Corse.
– On dirait un puceron.
– C’est pourtant l’île d’Elbe.
– Une île, ça ? Un rocher, oui.

Prenez un grand homme politique et parachutez-le à la tête d’une circonscription au fin fond de la campagne ou un capitaine d’industrie et mettez-le aux commandes d’une laverie automatique et vous obtiendrez le même comique de situation.

Ce côté ubuesque est tellement souligné dans le livre qu’il paraîtrait forcé, grossier si on ne le savait inspiré de faits réels. Ce décalage est malheureusement le seul attrait du livre dont j’ai trouvé le début assez confus et vécu le reste comme une suite d’anecdotes à l’intérêt inégal. La vie sur l’île, qui occupe environ deux tiers du livre, est traitée avec un ton léger qui tranche avec les deux précédents romans. Ce ton semble refléter l’état d’esprit de l’empereur déchu. Dans la trilogie de Patrick Rambaud comme il semblerait dans la réalité, Napoléon est plus à sa place sur les champs de bataille qu’à la tête d’une île microscopique de la méditerranée.

Souvent, dans les casernes, des trompettes sonnaient Il reviendra. Et le soir, les anciens de la Grande Armée trinquaient à l’Absent.


Patrick Rambaud, L’Absent, Le Livre de Poche, 2005, 373 p, Amazon.