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Quai d'Orsay #2

Après un premier tome très réussi que vaut ce deuxième opus ? N’y allons pas par quatre chemins, il s’inscrit dans la continuité et est tout aussi excellent que le précédent. Quel plaisir de se retrouver plongé dans l’intimité d’un cabinet ministériel, d’observer l’art subtil de la diplomatie et de voir se nouer les luttes intestines. Avec à sa tête un ministre d’une telle carrure – au propre comme au figuré – et possédant un tel phrasé, c’est un réel plaisir et une bonne partie de rigolade. Nous retrouvons un Dominique de Villepin – pardon un Alexandre Taillard de Worms – encore plus flamboyant, charismatique, imprévisible et énergique que jamais. On ne peut s’empêcher d’avoir de l’empathie pour le personnage principal, conseiller en charge des “langages” auprès du ministre – comprenez en charge de rédiger les discours. On partage son incrédulité devant la fulgurance de son chef, ses sauts contextuels, ses idées hors du commun et sa propension à élever le débat pour affronter ses adversaires très haut dans un monde parallèle.

Il faut dire que l’époque qui est décrite est flatteuse pour le chef de la diplomatie française. Elle a contribué à redorer le blason du pays lorsqu’il s’est opposé avec force et panache à la guerre en Irak face à la toute puissance des Etats-Unis. Nous assisterons au point d’orgue de cet épisode, le fameux discours prononcé devant l’ONU à New York.

Et c’est un vieux pays, la France, d’un vieux continent comme le mien, l’Europe, qui vous le dit aujourd’hui, qui a connu les guerres, l’occupation, la barbarie. Un pays qui n’oublie pas et qui sait tout ce qu’il doit aux combattants de la liberté venus d’Amérique et d’ailleurs. Et qui pourtant n’a cessé de se tenir debout face à l’Histoire et devant les hommes. (source)

Alors qu’en coulisse les propos étaient un peu moins grandiloquents – en parlant des preuves relatives aux armes de destruction massives recherchées en Irak c’est à dire: un tube d’aluminium pour l’enrichissement de l’uranium, un scientifique possédant des documents sur le programme nucléaire, un bunker chimique et un véhicule de décontamination.

Il nous a assommés pendant 1H20 avec des prétendues preuves grotesques. Un tube de plomberie de chiottes … Un moustachu avec un livre … Une fiole de Mercurochrome … et un camping car dans le grand Canyon !

On sent bien que le potentiel est énorme, il doit y avoir des tonnes d’histoires à raconter dans ce univers. Si c’est avec une telle qualité scénaristique, d’écriture et de dessin on en redemande. Je serais tout de même curieux de voir le ministre dans des situations un peu moins favorables: le contrat première embauche (CPE) ou l’affaire Clearstream par exemple. A quand un Matignon tome 1 ?


Christophe Blain et Abel Lanzac, Quai d’Orsay, tome 2 : chroniques diplomatiques, Dargaud, 2011, 104 p, Amazon.