Au Bon Roman

~ Journal de Lecture(s) ~

La taupe

Roman Noir


Lors de la sortie du film, au lieu de faire comme tout le monde en allant passer quelques heures assis dans une salle obscure, je me suis mis en tête de lire le livre. Pour avoir lu plusieurs de ses romans, je connaissais et j’appréciais le travail de John le Carré. Je pense que mes lectures datent un peu car j’avais oublié la complexité de ses romans d’espionnage. Ce n’est pas vraiment l’intrigue qui est complexe bien que ces histoires d’agents doubles ne coulent pas toujours de source. La complexité tient selon moi à deux choses:

  • L’abondance des personnages, leur rôle, leurs motivations et les interactions qu’il y a entre eux.
  • Le mode de narration. Bien que la perspective ne soit pas toujours celle de Georges Smiley, le lecteur l’accompagne souvent lors de ses recherches et découvre l’histoire, recolle les morceaux en même temps que lui. Le “en même temps que lui” n’étant pas garanti car, pour cela, il faut avoir tout suivi et s’en souvenir. N’est pas Georges Smiley qui veut.

Je pense que le contexte complexe de la guerre froide n’aide pas et que le fait que La taupe soit le cinquième roman mettant en scène Smiley le maître espion non plus ! Une fois que l’on a dit cela, il n’en reste pas moins un livre très réussi bien qu’extrêmement exigeant – ce n’est pas antinomique. Ne comptez pas le lire d’un oeil distrait ou avec la télé allumée en fond sous peine d’être complètement largué au bout de quelques pages. Ici, chaque phrase compte.

Cette précision exercera un attrait sur les lecteurs qui s’ennuient à lire des polars basiques construits comme des passe-temps pour la plage. De mon côté, quelques – c’est un euphémisme – retours arrières auront été nécessaires pour venir à bout de ce livre sans rater trop de choses. Une expérience convaincante mais fatigante. La prochaine fois, je ne me ferai pas avoir par le cinéma et je commencerai par le début de la série L’appel du mort[^RF:Carré_1990].


John Le Carré, La Taupe, Seuil, 2001, 411 p, Amazon.

John Le Carré, L’appel du mort, Gallimard, coll. « Folio », 1990, Amazon.