Socrate n’est pas le philosophe que nous connaissons mais le chien d’Héraclès, le célèbre héros de la mythologie grecque. Côté philosophie, notre canidé n’a rien à envier à son illustre homonyme. Il faut dire qu’être le chien de garde du type le plus costaud de tous les temps laisse un peu de temps libre pour s’interroger sur les travers de l’homme, incarné par son très viril maître, et sur sa propre condition de chien. Ces interminables discours ont le don d’irriter le fils de Zeus qui ne manque d’ailleurs pas de le lui rappeler en lui disant que s’il aboyait plus, il réfléchirait moins !

Joann Sfar est aux manettes et a confié la réalisation des dessins à son ami Christophe Blain – les deux compères avaient déjà collaboré dans la série Donjon. Le duo fonctionne et la patte de Sfar se ressent largement. Les similitudes avec le désormais célèbre Chat du rabbin sont nombreuses: un découpage sobre à six cases par planche, un animal est le héros, l’animal en question est doué de parole et observe, critique et juge les hommes. L’utilisation d’un animal n’étant lui même, par définition, pas un homme – là c’est fort ce que je dis – est intéressante. Elle permet à l’auteur d’exprimer un point de vue objectif – ou pas –, mais en tout cas original, puisque celui qui parle ne fait pas partie de ce dont il parle. Ceci permet d’obtenir une vision décalée, l’animal ne peut être accusé de parti pris et semble donc s’exprimer en toute objectivité sans subir l’influence de sa propre condition ou de ses propres intérêts. Si j’ai trouvé que les aventures du chien Socrate étaient, en tout cas dans ce premier tome, un ton en dessous de celles de son compère le chat, elles n’en sont pas moins intéressantes à plus d’un titre.


Christophe Blain et Joann Sfar, Socrate le demi-chien, tome 1 : Héraclès, Dargaud, coll. « Poisson Pilote », 2003, 48 p, Amazon.